CRITIQUE

[CRITIQUE] ÇA, PARTIE 1

FICHE TECHNIQUE

  • Sortie : 20 septembre 2017
  • Titre original : It
  • Réalisateur : Andy Muschietti 
  • Scénaristes : Gary Dauberman, Cary Fukunaga, Chase Palmer, adapté du roman Ça de Stephen King
  • Acteurs : Bill Skarsgård, Jaeden Lieberher, Sophia Lillis, Finn Wolfhard…
  • Compositeur :  Benjamin Wallfisch
  • Genre : Ça s’en va, et Ça revient
  • Pays : Amérique
  • Durée : 2h15


Dans la famille des adaptations ciné des chefs-d’oeuvre de Stephen King, on demande le cultissime Ça, oeuvre de presque 1200 pages déjà adaptée à la télé avec le téléfilm de 3h « Il » est revenu. Cette version, indétrônable pour beaucoup de fans, est sorti en 1990 aux États-Unis, donc il y a 27 ans, soit pile poil le nombre d’années d’hibernation du terrifiant Grippe-Sou, ce clown cauchemardesque qui aime particulièrement les gamins.

Remis au goût du jour, le film d’Andy Muschietti prend quelques libertés avec la base originale, tout en s’amusant à reproduire quelques scènes du téléfilm, comme la scène d’introduction avec le pauvre petit Georgie. Mais pour cette chronique, on ne prendra pas la direction de la comparaison. On préférera insister sur ce qui fait que ce long-métrage est une réussite totale, car oui, sur beaucoup de points, Ça déchire !

Commençons par poser l’ambiance : dans les années 80 (un effet nostalgie et une facilité d’attraction du public qui cartonne, sans en faire des caisses), Georgie, le petit frère de Bill le bègue (Jaeden Lieberher) disparaît. Personne ne sait ce qu’il est devenu, sauf le spectateur : Grippe-Sou l’a emporté avec lui dans les égoûts dans une séquence choquante et malsaine. Grâce à l’aide de ses amis – avec qui il forme le Club des Ratés – Bill va passer un été atypique à la recherche de Georgie, et tous vont se retrouver à affronter leurs plus grandes peurs et passer le cap de l’enfance d’une manière particulièrement terrifiante…

Car avant d’être un film d’horreur, Ça parle en priorité de ses jeunes personnages, de leur enfance déchirée, saccagée, terrifiée par des événements morbides. Bien avant d’associer cette peur au clown tueur – qui les fera resurgir d’une façon frontale et dépourvu de subtilité (dans le bon sens du terme) -, les sept enfants qui forment ces losers vivent un quotidien peu reluisant. Ils affrontent seuls des instants-clés de leur vie, qu’il s’agisse de la disparition d’un frère, de la sur-protection d’une mère castratrice, de la mort de parents, des premières règles de jeune fille qui attirent le regard d’homme immonde… rien n’est facile de base pour eux. Et ce n’est pas le sadisme de Grippe-Sou qui va arranger les choses.

Pourtant, aussi étonnant que cela puisse paraître, cette nouvelle version de Ça surprend pour un élément d’une justesse affolante : sa jubilation comique. N’y voyez pas une quelconque ironie ni moquerie là-dedans, Ça possède des scènes hilarantes quand il s’agit de faire rire, surtout par le biais d’un personnage détonnant : l’inénarrable Ritchie (Finn Wolfhard, de Stranger Things). A base de « mon gros zguegue ! » et de la « chatte de ta mère ! », Ritchie rend le groupe et sa cohésion crédible, solide, empathique, en évitant soigneusement d’être le lourd de service mais bien le comique parfait.

Ritchie n’est d’ailleurs pas le seul personnage qui permet de s’attacher facilement au groupe. Tous ont leur façon de faire vivre ce Club des Ratés, indiscutablement le plus gros point fort du film (admirablement casté, au passage). Entre le petit gros Ben (Jeremy Ray Taylor), véritable vecteur de tendresse et d’empathie, la jeune Beverly (Sophia Lillis), aussi pétillante que terriblement apeurée quand il s’agit de se retrouver seule avec son père dégueulasse, ou l’excessif Eddie (Jack Dylan Grazer), craignant d’avoir toutes les maladies du monde rien qu’en regardant une maison délabrée, l’adhésion à cette bande de paumés est totale.

Une grosse réussite à laquelle s’ajoute le savoir-faire formidable d’Andy Muschietti, qui soigne sa réalisation comme rarement on la soigne dans les films d’horreur contemporain (excepté James Wan). Chaque plan est une merveille, rendant son film aussi bien inquiétant que réellement magnifique, la photographie de Chung Chung-hoon étant à tomber par terre, sublimé en plus par des mouvements de caméra ingénieux – surtout dans les moments flippants, où Grippe-Sou joue avec ses victimes à qui aura le plus peur (ravis que les soirée diapos ne soient plus d’actualité !).

On regrettera cependant cette tendance à tout le temps vouloir faire sursauter le public habitué aux émotions fortes, en balançant des jumps-scares la plupart du temps complètement foireux, mais qui malgré tout n’empêche pas d’apprécier l’aboutissement visuel de ces scènes, qu’on aurait juste aimé bien plus perverses au lieu de faire dans le sensationnel. Et ce même si certaines d’entre elles sont vraiment terrifiantes à souhait (la salle de bain ensanglantée, le tableau « vivant », le premier affrontement dans la maison abandonnée, le final dans les égouts…). Une deuxième réussite donc pour Andy Muschietti, qui réitère à allier une ambiance de terreur et de beauté comme il avait si bien fait avec son Mama et sa fin sublime.

Tout aussi sublime mais cruel, le fameux Grippe-Sou, clown psychopathe interprété avec justesse par Bill Skarsgård, qui est bien entendu le cœur de l’histoire. Il n’est pas qu’un bouffon venu faire sursauter la populace, mais surtout la matérialisation des peurs profondes, viscérales, des protagonistes, qui brille même par son absence car on sait qu’il flotte toujours dans l’air… Tour à tour ricaneur, démoniaque ou fou à lier, cet allumé du ciboulot attaque là où ça fait mal, ne fait pas dans la dentelle, et a ce qu’il faut d’imprévisible pour y voir une vraie menace.

Pour toutes ces raisons, Ça fait partie des gros coups de cœur de 2017, et il nous tarde vraiment de découvrir la suite des aventures du Club des Ratés, qu’on espère plus malsaines et dérangeantes, mais tout aussi captivantes et somptueuses.


POUR LES FLEMMARDS : Ça propose une ambiance délicieusement macabre, où blagues délires, nostalgie eighties et terreur splendide s’entremêlent à la perfection. 

NOTE : 


Bande-annonce de Ça :

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