CRITIQUE

[CRITIQUE] MONSIEUR ET MADAME ADELMAN

Mr et Mme Adelman Aff FRFICHE TECHNIQUE

  • Sortie : 08 mars 2017
  • Titre original
  • Réalisateur : Nicolas Bedos
  • Scénaristes : Nicolas Bedos et Doria Tillier
  • Acteurs : Doria Tillier, Nicolas Bedos, Denis Podalydès…
  • Compositeur : –
  • Genre : Je t’adore… moi non plus !
  • Pays : France
  • Durée : 2h


Sarah et Victor se rencontrent en boîte dans les années 70. Il est un écrivain qui se cherche (et ne trouve pas grand-chose), elle est une brillante étudiante, très cultivée et dotée d’un sens critique littéraire aiguisé. Entre eux, c’est le coup de foudre. Mais à retardement. Leur histoire va durer plusieurs décennies. Elle sera marquée de fulgurances, de fusion, de loupés, de tempos asynchrones. Sarah donnera naissance à des bébés de chair que le couple saura plus ou moins bien élever. Victor donnera naissance à des bébés de papier dont certains rencontreront le succès et d’autres pas. Hauts, bas, passion, séparations, retrouvailles, névroses, non-dits, splendeurs, misères : toute leur histoire est autopsiée à la lame d’un scalpel assez cruel qui finit par révéler, dans les dernières minutes du film, le mystère, à la fois créateur et cannibale, qui lie ce duo hors-norme…

C’est le premier film, en tant que réalisateur, de Nicolas Bedos. « Fils de » ayant su se faire un prénom, le jeune homme a pour lui un physique avantageux, des dons indéniables de comédien et, surtout, une plume acerbe qui fait de lui un auteur de très grand talent. Sa première œuvre de réal n’a rien dont il doive rougir. Rien n’est à déplorer, ni en terme d’écriture, ni en terme de technique. Et la sincérité et l’implication de l’auteur/metteur en scène transpirent à chaque plan…

Yes but… Le film souffre de trois défauts. D’abord celui, habituel, d’un « premier film » de cinéaste. Bedos a voulu mêler divers thèmes, tous assez consistants : les mystères de l’amour, la passion, les affres de la création, les névroses familiales, les angoisses de la paternité, l’identité religieuse, la lutte de pouvoir au sein du couple… Il fait dix films en un. Sauf que ces sujets n’ont pas tous pertinence à être inclus dans l’histoire d’amour initiale. Et ça finit par alourdir le récit. (Sans parler du fait que certains éléments flirtent avec le mauvais goût ; le gamin arriéré, la mère alcoolique, les débauches sexuelles…)

Deuxième défaut : l’histoire d’amour justement. On a du mal à croire au coup de foudre du début. Lui est présenté comme un ringard pontifiant, elle comme une mygale tissant sa toile autour du ringard susnommé sur lequel elle a, on se demande pourquoi, jeté son dévolu. Une fois passés quelques purs moments de bonheur amoureux, ces deux êtres-là vont surtout s’occuper à se haïr et à se mépriser autant si ce n’est plus qu’ils s’aiment et s’admirent. A cause d’elle, lui passe à côté de la destinée d’écrivain raté à laquelle il s’était déjà résigné. En l’encourageant et en l’obligeant à la gloire, Sarah prive Victor d’une déchéance qu’il courtisait ardemment. Et elle, à cause de lui, passe à côté de sa propre excellence. En se plaçant systématiquement dans l’ombre de son illustre mari, Sarah s’emprisonne en lui tout en l’emprisonnant en elle. Se veut-elle muse ou Pygmalion de son écrivain d’époux ? Là est la question, à laquelle d’ailleurs, le film évite de répondre. En outre, le récit se montre corrosif envers Victor et très complaisant envers Sarah alors qu’on aurait préféré l’inverse. Le drame de la vie de ces personnages n’est-il finalement pas de s’être rencontrés ? Et on sort de là en se demandant si on vient d’assister à une sublime histoire d’amour qui donne envie d’aimer ou, au contraire, à une union tellement destructrice et toxique, qu’elle donne plutôt envie de se faire greffer un presse-purée à la place du cœur.

Troisième défaut : le tandem Nicolas Bedos-Doria Tillier. Amants réels dans la vie, ils ont co-rédigé le scénar’. Or, c’est toujours très difficile d’écrire avec/pour quelqu’un qu’on aime. On risque l’impudeur. Ou l’ennui du spectateur. Sur l’affiche, Bedos est à peine visible, aux trois quarts caché par Tillier. C’est pareil dans le film. Cet homme, qui jusqu’ici a plutôt mis en avant ses côtés narcissiques et arrogants, s’est apparemment laissé emporter par la joie d’écrire une ode à celle qu’il aime, et il disparaît complètement derrière sa partenaire, lui laissant le beau rôle. On sent leur complicité amoureuse, leur plaisir à travailler ensemble. On voit que ce couple Bedos-Tillier doit bien fonctionner à la ville. Mais on aurait préféré que ce soit le couple Victor-Sarah qui fonctionne à l’écran, on aurait préféré que ce soit leur histoire d’amour, à eux, qui soit valorisée et rendue légendaire…

Bon, modérons quand même notre propos : ce film est intéressant, il n’a rien de médiocre ni de bâclé, et tout y est sincère. On peut juste conclure en disant qu’on a hâte de revoir Bedos à la réal, hâte de le voir à nouveau présenter ses tripes. On espère juste qu’il n’aura plus besoin de se cacher derrière Doria Tillier pour y parvenir.


Logo Note LCDFPOUR LES FLEMMARDS : Ce film a les défauts habituels d’un « premier film ». Bedos a voulu trop en mettre, trop en dire. Et il est peut-être trop amoureux de sa co-auteur. Ce qui fait que, au final, l’histoire réelle de Nicolas-Doria finit par parasiter celle, fictive, de Victor-Sarah.

NOTE : 3/5



Bande-annonce de Monsieur et Madame Adelman :

Publicités

1 réponse »

Donne ton avis si tu dors pas...

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s