CRITIQUE

[CRITIQUE] DANS LA BRUME ÉLECTRIQUE

dans-la-brume-electrique-aff-frFICHE TECHNIQUE

  • Sortie : 15 avril 2009
  • Titre original : In the electric mist
  • Réalisateur : Bertrand Tavernier
  • Scénariste : Jerzy Kromolowski et Mary Olson-Kromolowski, d’après le roman Dans la brume électrique avec les morts confédérés de James Lee Burke
  • Acteurs : Tommy Lee Jones, Mary Steenburgen, John Goodman…
  • Compositeur : Marco Beltrami
  • Genre : Le Bayou du Diable
  • Pays : Amérique
  • Durée : 1h55


Le temps passe lentement à New Iberia, Louisiane, USA. Pour se distraire, on peut au choix devenir alcoolique, flic, mafieux ou serial killer (voire cumuler ces diverses fonctions). Dave Robicheaux (Tommy Lee Jones) est, pour sa part, shérif adjoint, mais c’est aussi un ancien alcoolo pas encore bien sorti de ses obsessions éthyliques. Lui tombe dessus une série de crimes sordides commis par un sadique pervers qui se la joue « Jack l’Éventreur dans le bayou » et s’amuse à massacrer de la prostituée locale. On retrouve donc des cadavres sur lesquels le tueur s’est joyeusement livré à du coupage de seins, de l’éviscération, du démembrement, de l’introduction d’objets divers dans les parties intimes, et autres activités ludiques du même acabit.

Pendant ce temps, une équipe de cinéma s’en vient tourner dans les marais. Ce qui amène Robicheaux à côtoyer l’acteur-vedette du film (qui lui aussi ne suce pas que des glaçons) et le producteur, qui n’est autre qu’un parrain de la mafia du coin. Ces rencontres font ressortir une vieille affaire non élucidée datant des années 60 (le meurtre d’un jeune noir tué à coups de fusil). Elles font aussi apparaître les fantômes de soldats confédérés de la guerre de Sécession. Bref, avec tout ça le Robicheaux n’est pas au bout de ses peines…

Ce film ressemble à un mariage mixte. Le casting est américain, l’intrigue se déroule en Louisiane et traite de thèmes intimement liés à l’histoire des États-Unis. Mais la réalisation, confiée aux soins du français Bertrand Tavernier, démontre un art et une patte assez typiquement frenchies. Et c’est justement ce mariage qui fait de ce film une œuvre atypique. Tout est sobre, maîtrisé, sans aucun sensationnalisme, sans aucun effet ronflant. Loin de toute outrance hollywoodienne, l’ambiance lorgne plutôt du côté de Chabrol : on est dans une bourgade provinciale aux habitants banals, quotidiens, parfois courageux, parfois mesquins. Ils ne sont pas forcément méprisables ; ils sont juste dénués de prestance. Les pieds comme les âmes de tous les personnages traînent dans les marais poisseux. L’alcool hante les lieux presque autant que le hantent les apparitions de soldats sudistes. Par un étonnant tour de passe-passe, Tavernier rend les morts (de pauvres hères devenus chair à combat) plus rassurants que les vivants (qui sont rongés soit par l’ennui soit par la corruption).

Il est ici largement question de culpabilité. Toutes celles que charrie l’histoire américaine autour de ses guerres (Sécession et Vietnam), de la ségrégation raciale, de la prostitution et de toutes les dérives socio-économiques qu’engendre l’avidité capitaliste. Mais il est aussi question de rédemption. Celle qui peut montrer son nez une fois que l’on a affronté le passé, qu’on l’assume et qu’on en tire leçon pour l’avenir.

Tommy Lee Jones, buriné comme jamais, est épatant, de même que tout le reste de la distribution. Alors bien sûr, il n’exsude pas de tout cela une joie de vivre démentielle, ce n’est pas Oui-Oui au pays des gaufres, et l’immersion dans les bayous ici présentée est loin de ressembler à celle, colorée et sémillante, de La Princesse et la Grenouille de Disney. Cependant, comme un charme vaudou, ce film a quelque chose d’assez envoûtant. Qui tient sans doute, et avant tout, au lieu où il se déroule. Car au fond, c’est presque la Louisiane le personnage principal. Une Louisiane encore marquée par les épisodes sombres de son histoire et dévastée par l’ouragan Katrina. Mais une Louisiane qui n’en reste pas moins une terre sauvage, mystérieuse, emplie de secrets métaphysiques qu’il vaut peut-être mieux ne pas percer, et empreinte d’une telle beauté qu’il est impossible pour l’homme qui y est né de pouvoir s’en enfuir véritablement.


Logo Note LCDFPOUR LES FLEMMARDS : Certes, ce n’est pas d’une gaieté folle et ça ne montre pas le meilleur visage de la nature humaine. Mais en tant que film, c’est un produit d’une qualité irréprochable.

NOTE : 4/5


Bande-annonce de Dans la brume électrique :

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