CRITIQUE

[CRITIQUE] ENEMY

Enemy-affiche fr

     Tortueux. Intriguant. Troublant. Enemy, le nouveau Denis Villeneuve, c’est le genre de film qui te torture le cerveau. Ce genre de film où tu adores mettre en place les pièces du puzzle pendant que tu le regardes – cet élément explique ce trou qui manquait, ce personnage devient cohérent parce qu’il fait ça – et quand tu sens le schéma qui se dessine, tu jubiles. Limite tu te sens balaise, prêt à balancer un « hey, Villeneuve, va falloir mettre les bouchées doubles pour nous surprendre, parce que niveau film tordu, on a déjà vu Twilight ! ». Fier, tu attends patiemment la fin, le sourire aux lèvres.

     Et puis arrive ce plan, en l’occurrence dans Enemy c’est le plan final, qui calme ta joie direct. Qui chamboule absolument toutes tes données, ravage tes conceptions… En gros, qui te fout un gros « fuck » dans ta face, histoire que tu rentres chez toi comme un miséreux. A peine exagéré si t’entends la petite voix fluette du-dit Villeneuve juste derrière toi, clamant doucement un petit « tu disais ? ». Enfoiré.

     Du coup, parlons-en de ton oeuvre, gros malin. Enemy met en scène Adam, un professeur qui mène une vie totalement insipide avec sa fiancée Mary. Un jour, il découvre Anthony dans un film qu’il a loué : c’est son sosie parfait. Troublé, il décide de retrouver cet homme. En dire plus serait cruel, car la force d’Enemy réside dans la lente progression de l’enquête d’Adam.

     Jumeaux ? Reflet de soi ? Double spatio-temporel ? Ethan Hunt déguisé ? Des pistes sont avancées, certaines se révèlent fausses (sauf celle d’Ethan Hunt, celle-là on y croit à mort), d’autres induisent en erreur, mais finalement, chaque détail a son importance, et c’est ce qui donnera à de multiples interprétations. Quand le film sera terminé, vous aurait votre propre vision des choses, alors que votre voisin en aura sûrement une tout autre.

     C’est fort, bien mené, et c’est servi par un très grand Jake Gyllenhaal. Qu’il joue un air de psychopathe, de perdu, d’opprimé ou sûr de lui, son talent excelle dans chaque scène. Comme dans Prisonners en fait, du même réalisateur, où il bouffait littéralement l’écran avec son collègue Hugh Jackman.

     D’ailleurs, Enemy partage une même qualité que Prisonners : son ambiance. Même si elle sont radicalement différentes (et qu’Enemy abuse un peu trop du jaune pisse dans ses images), dans les deux métrages Denis Villeneuve arrive à instaurer un univers pesant, lourd, qui nous subjugue en seulement quelques plans. Même si parfois on trouve que ça lorgne un peu trop du côté de Nicolas Winding Refn (Only God Forgives), surtout dans cette scène d’intro qui t’annonce la couleur du « tu vas rien comprendre mec ! ».

     Le rythme lent, voir très lent, est peut-être la cause de cette réussite. Il prend son temps en exposant des plans assez longs, qu’on puisse imprégner tranquillement chaque détail du décor. Son histoire se met en place petit à petit, posément, si posément en fait que certains en seront rebutés. Le film ne dure qu’une heure et demi, mais on pourrait croire qu’il en dure trois. Ça peut être un très gros défaut, mais pour Enemy, c’est captivant.

     Autre défaut qu’on pourrait comprendre de la part des détracteurs, c’est cette fin « prend un joint avec moi mon frère, et rejoins-moi dans le pays du slip ! ». Une fin on ne peut plus étrange, déroutante, où t’as envie de crier « whaaat ? ». Car durant tout le film, on est vraiment dans la recherche de réponses, on assemble tous les indices qu’on a trouvé pour former la pièce maîtresse, et on attend que le professeur corrige nos copies en révélant le tout de l’intrigue. Et ben non, on te fout un plan ultra incompréhensible à la fin, et bam, générique ! Faut pas le faire chier le Villeneuve !

     Et pourtant, si on est frustré en voyant arriver ça si vite (ou soulagé pour ceux qui ont détesté), le cerveau se remet à bouillonner de plus belle. Chacun fera sa propre fin, soutenant mordicus son point de vue qui sera toujours contrecarré par un détail auquel on avait pas pensé, mais à force de ruminer, ce n’est pas si incompréhensible que ça. Et plus on y réfléchit, plus Enemy devient passionnant.

POUR LES FLEMMARDS : Le rythme lent, la prestance et le talent de Gyllenhaal, l’intrigue finement menée, l’ambiance feutrée : Enemy captive de bout en bout.

NOTE : 3,5/5

Bande-annonce Enemy :

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